La ministre provinciale de la santé, Odette Nkama Mekanda est de nouveau visée par une interpellation. Officiellement, il s’agit d’un contrôle parlementaire initié par le député Jean-Pierre Kabengele Matshiumba autour d’un présumé détournement de fonds estimé à plus de 50 000 dollars, destinés au transport et à l’entreposage des médicaments, l’interpellation a été transmise au bureau de l’assemblée provinciale le 27 avril dernier.

Au-delà des accusations, de nombreuses zones d’ombre interrogent sur la véritable nature de cette démarche.

L’interpellation intervient dans un contexte particulièrement tendu. Quelques jours auparavant, la ministre avait envisagé la suspension du médecin chef de zone de Mweka, accusé de détournement de médicaments et d’incompétence. Une décision qui, loin de faire l’unanimité, a visiblement heurté certains intérêts locaux.

Très vite, des tensions ont émergé, notamment avec des figures politiques influentes liées à la circonscription.
Dans ce climat, difficile de considérer l’initiative parlementaire comme neutre ou fortuite.

Des indices d’une stratégie orchestrée
des audios relayés dans plusieurs groupes WhatsApp du Kasaï viennent renforcer les soupçons d’une manœuvre préméditée. On y entend des échanges troublants où il est clairement question de travailler à l’éviction de la ministre.
Le nom de Gaston Dodo Pieme y apparaît comme un acteur clé, présenté comme un soutien à cette dynamique visant à fragiliser la ministre.

Si l’authenticité et le contexte de ces enregistrements méritent une vérification rigoureuse, leur contenu alimente néanmoins l’idée d’un règlement de comptes politique plutôt qu’un simple exercice démocratique.
Des accusations à relativiser
Sur le fond du dossier, plusieurs éléments viennent fragiliser les accusations portées contre la ministre. Des sources concordantes indiquent qu’Odette Nkama n’était pas signataire du contrat liant la société chargée du transport des médicaments, les accusations qu’elle a qualifiées de fausses dans un entretien exclusif avec la presse ce samedi 2 Mai 2026.

« Je ne suis pas signataire du contrat liant Phatkin et la structure qui devrait transporter les médicaments, j’agis dans la vision de son Excellence Monsieur le gouverneur Crispin Mukendi wa Bukasa afin de matérialiser sa mission de proximité et c’est ce qui justifie ma présence sur terrain aux côtés de la population » a-t-elle déclaré.

Autrement dit, sa responsabilité directe dans le dossier reste à démontrer.

Ce détail, loin d’être anodin, soulève une question essentielle : pourquoi cibler une autorité qui ne serait pas juridiquement engagée dans le contrat incriminé ?

Depuis son entrée au gouvernement provincial, Odette Nkama s’est imposée comme l’une des figures les plus actives de l’exécutif, alignée sur la vision du gouverneur Crispin Mukendi.
Son rôle a été particulièrement visible lors de la gestion de l’épidémie d’Ebola dans la zone de santé de Mweka, où elle a contribué à apaiser les tensions et à renforcer l’adhésion communautaire aux mesures sanitaires.
Un profil de rigueur et de fermeté qui, dans un environnement politique souvent marqué par des équilibres fragiles, peut aussi déranger.

Au-delà du cas individuel de la ministre, cette affaire met en lumière les luttes d’influence qui traversent les institutions provinciales.

L’instrumentalisation des mécanismes de contrôle parlementaire à des fins politiques constitue un risque réel pour la stabilité de la gouvernance. Elle fragilise la crédibilité des institutions et détourne l’attention des véritables enjeux de développement.

Entre justice et instrumentalisation
Il ne s’agit pas de soustraire un responsable public à l’obligation de rendre compte. Toute accusation mérite d’être examinée avec rigueur et transparence.
Mais encore faut-il que la démarche soit guidée par la recherche de vérité, et non par des calculs politiques.

Dans le cas présent, plusieurs signaux laissent penser que l’interpellation d’Odette Nkama s’inscrit davantage dans une logique de déstabilisation que dans une quête sincère de redevabilité.

Le Kasaï se trouve à un moment charnière où la consolidation de ses institutions est essentielle. Les rivalités politiques ne devraient pas prendre le dessus sur l’intérêt général.
Face à ce qui s’apparente de plus en plus à une cabale politique, la vigilance des acteurs institutionnels et de l’opinion publique s’impose.

Car lorsque la politique devient un instrument de règlement de comptes, c’est toute la gouvernance qui vacille.

Il sied de signaler que si tout sera bien réglé, une plénière sera convoquée au courant de la semaine prochaine et l’interpellation de la ministre Odette Nkama pourrait figurer parmi les points à traiter.

Henri Ntambue

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *