Le gouverneur de la province du Kasaï, Crispin Mukendi , est sorti de sa réserve politique. Devant la délégation de l’Union sacrée de la Nation en mission dans la province, le chef de l’exécutif provincial a livré un réquisitoire sévère contre le gouvernement central, qu’il accuse d’inaction, de marginalisation du Kasaï et de gestion approximative des engagements de l’État envers les provinces.

Lors d’un meeting populaire, le gouverneur a ouvertement mis en cause la capacité du gouvernement central, dirigé par l’UDPS, à répondre aux urgences structurelles du Kasaï depuis son avènement à la tête de la province. Selon lui, aucun projet majeur du gouvernement n’a été effectivement lancé, encore moins exécuté, dans cette partie du pays.

Crispin Mukendi a également exprimé une profonde inquiétude face à l’irrégularité de la rétrocession des recettes dues à la province, une situation qu’il juge préjudiciable au fonctionnement normal des institutions provinciales et à la mise en œuvre des politiques publiques. Pour le gouverneur, cette instabilité financière affaiblit volontairement la capacité d’action du Kasaï et compromet toute ambition de développement durable, tout en reconnaissant avoir reçu à deux reprises la rétrocession évaluée à 45 milles dollars américains qu’il a encore jugé insuffisant au regard des besoins de la province.

S’adressant directement au secrétaire permanent de l’Union sacrée, il a interpellé la hiérarchie politique nationale sur ce qu’il considère comme un traitement injuste réservé à sa province :
« Aucun projet du gouvernement central n’est lancé au Kasaï depuis mon élection. Pourquoi envoie-t-on ici des sociétés sans moyens ? Qu’est-ce que le Kasaï a fait pour mériter cela ? », a-t-il déclaré, avant de fustiger l’attribution du marché de la route Tshikapa–Kandjaji à l’entreprise THOA, déjà rejetée au Kasaï Central et incapable, selon lui, de produire des résultats concrets.

Le gouverneur a également dénoncé le silence persistant autour du projet de réhabilitation et de modernisation de l’aéroport national de Tshikapa, annoncé depuis plus de douze mois mais dont les travaux n’ont toujours pas démarré.

Tout en critiquant l’inaction du gouvernement central, Crispin Mukendi a tenu à distinguer les projets relevant directement de la Présidence de la République. Il a précisé que le programme Tshilejelu est exécuté par l’entremise de l’entreprise JMC, tandis que le projet distinct portant sur la modernisation de 24 kilomètres de voirie urbaine à Tshikapa est confié à l’entreprise SAFRIMEX.

Cette prise de parole, rare par sa virulence, met en lumière un malaise profond entre le pouvoir central et la province du Kasaï, et pose avec acuité la question de la cohérence de l’action publique, de la justice territoriale et du respect des engagements constitutionnels de l’État envers les provinces.

Henri Ntambue

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *