Un an et six mois après son accession à la tête de la province du Kasaï, le gouverneur Crispin Mukendi est confronté à une réalité de terrain qui tranche brutalement avec son discours de départ. Promesses ambitieuses, engagements répétés, annonces fortes : sur le terrain, le bilan reste largement en deçà des attentes.
Entre discours et réalité, le fossé s’élargit
Dès le début de son mandat, Crispin Mukendi s’est présenté comme l’homme du changement. Mais 18 mois plus tard, la province peine à voir les résultats. Les routes demeurent impraticables, aucun kilomètre significatif n’a été réhabilité, et l’eau potable reste inaccessible à une grande partie de la population, y compris dans deux des cinq communes de la ville de Tshikapa.Dans les territoires, les villages vivent toujours sans services sociaux de base, accentuant le sentiment d’abandon et de frustration.
Un entourage politique de plus en plus contesté
Selon plusieurs sources concordantes, les difficultés actuelles trouvent leur origine dans les choix opérés lors de la formation du gouvernement provincial. Sous l’influence des équilibres politiques dictés depuis Kinshasa, la compétence aurait été reléguée au second plan.
À l’Assemblée provinciale, les interpellations se sont multipliées. Plusieurs ministres ont été cités dans des questions orales avec ou sans débat pour des soupçons de détournement présumé, de gestion approximative et d’improvisation. Pourtant, aucune mesure forte n’a suivi, renforçant l’image d’un exécutif tolérant l’inefficacité.

Contrôles parlementaires neutralisés
Les mécanismes de contrôle parlementaire ont montré leurs limites. Des élus provinciaux ont été réduits au silence durant deux sessions consécutives, des rapports de commissions sont restés sans suite, et les recommandations adressées à l’exécutif provincial n’ont pas été appliquées.
Le président de l’Assemblée provinciale est allé plus loin en dénonçant publiquement l’ingérence des proches biologiques de certains membres du gouvernement dans la gestion de la chose publique, qualifiant l’équipe gouvernementale de simples « figurants ». Des accusations graves, restées sans réponse officielle.
Chantiers à l’arrêt, province asphyxiée
Cette crise de gouvernance a conduit à une paralysie financière quasi totale. Les travaux de réhabilitation du gouvernorat et des ministères provinciaux sont suspendus. La province peine à mobiliser ses ressources, faute d’une gestion rigoureuse et d’une vision claire.Ses agents au cabinet ont totalisé 11 mois sans toucher à leur salaire, des membres du gouvernement 12 mois à leur tour, le leadership au sommet de la province entre connait une contestation.
Infrastructures : une urgence permanente
Sur le plan des infrastructures, quelques travaux de remblayage de ravins (Sokajik, Kapongo, Maimon) ont été réalisés à Tshikapa grâce à l’appui du gouvernement central. La résidence officielle du gouverneur réhabilitée avec les fonds de la province, une passerelle Kangulungu construite dans la colline de Dibumba, Mais ces actions restent largement insuffisantes face à l’ampleur du problème. Plusieurs têtes d’érosion continuent de progresser, détruisant des habitations et plongeant des familles entières dans la précarité.

La route reliant la ville de Tshikapa au chef-lieu du territoire du même nom a été coupée en deux au cours de l’année. Malgré les promesses répétées du gouverneur, les travaux de réhabilitation ne sont toujours pas lancés. Les routes de desserte agricole restent impraticables, isolant les zones de production et étouffant l’économie locale.

L’heure de vérité politique
À 18 mois de gouvernance, la question n’est plus de savoir si Crispin Mukendi est bloqué par le système. La responsabilité politique du gouverneur est désormais clairement engagée. Gouverner, c’est choisir, corriger, sanctionner et agir.
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Le Kasaï attend des actes forts, pas de nouvelles promesses. Sans un sursaut de leadership et une refonte profonde de la gouvernance provinciale, ce mandat risque de rester dans les mémoires comme celui d’une occasion manquée.
Henri Ntambue