Près de onze mois après la signature du contrat de réhabilitation et de construction de l’aéroport national de Tshikapa, les travaux peinent toujours à évoluer sur le terrain. Derrière ce blocage, l’entreprise exécutante Horizon Massamba dénonce des interférences politiques et administratives qui risquent désormais de transformer ce projet stratégique en un véritable contentieux aux conséquences financières et institutionnelles difficiles à supporter pour la province du Kasaï.

Dans une interview exclusive accordée à notre rédaction le mercredi 13 mai 2026, le directeur administratif de l’entreprise, Luxener Musengi, accuse ouvertement l’Agence congolaise des grands travaux (ACGT) de ralentir volontairement le processus en refusant jusqu’ici de valider les études de faisabilité réalisées sur le terrain et de transmettre le plan d’exécution indispensable au démarrage effectif des travaux.

Selon lui, Horizon Massamba reste pourtant dans le délai contractuel et affirme être techniquement prête à lancer les travaux. Mais l’absence des documents techniques officiels bloque toute évolution du chantier.

À ces obstacles administratifs s’ajoutent, d’après l’entreprise, des pressions politiques internes. Le responsable de Horizon Massamba pointe notamment du doigt certaines autorités provinciales, dont le gouverneur, qu’il accuse de freiner le projet pour des intérêts politiques éloignés des préoccupations de la population.

En réaction, le gouvernorat dément toute implication politique du gouverneur Crispin Mukendi dans la résiliation du contrat liant le gouvernement central et l’entreprise SISC.

Maître Augustin Mulumba, chargé de mission du gouverneur, a dans une interview accordée à notre rédaction le dimanche 17 mai 2026, expliqué que la résiliation du contrat d’exécution des travaux de construction de l’aéroport de Tshikapa est intervenue après une mission de contrôle effectuée par le ministre national des Infrastructures et Travaux publics.

Il révèle également que la province n’avait pas été associée aux discussions avant la signature du contrat et estime que l’entreprise Horizon Corporation, sous-traitante dans ce dossier, n’a pas respecté les délais prévus.

« L’entreprise Horizon Corporation n’a pas raison d’accuser le gouverneur. Après 11 mois de retard, elle a prouvé ses insuffisances. Malgré le décaissement de 300.000 dollars, rien n’a été réalisé sur le terrain. Il y a une absence quasi totale de base-vie et de mobilisation des matériels. Horizon doit orienter ses accusations ailleurs. Ce dossier relève du gouvernement central et non du gouvernement provincial », a déclaré le chargé de communication du gouverneur Crispin Mukendi.

L’autre point de tension concerne le site prévu pour la construction de l’aérogare. Malgré les assurances données par le commandant de l’aéroport, les installations du Programme alimentaire mondial (PAM) occupent encore une partie de l’espace concerné. Une situation que l’entreprise considère comme la preuve d’une « main noire » cherchant à empêcher l’évolution normale du projet.

Joint au téléphone par Henri Ntambue, le commandant de la RVA/Tshikapa accuse plutôt l’entreprise Horizon Corporation d’inefficacité technique.

Il affirme que le PAM n’occupe pas l’ensemble de l’espace destiné à l’aérogare. Toutefois, il reconnaît être engagé dans un processus de délocalisation du PAM, tout en faisant face à des contraintes financières.

Le responsable de la RVA indique également avoir déjà sollicité l’OVD pour l’aménagement d’un nouveau site destiné à accueillir les installations du PAM, malgré les nombreuses occupations actuelles de l’Office de voirie et drainage dans la ville.

Par ailleurs, un document attribué au ministère des Infrastructures et Travaux publics, signé depuis le 03 avril et largement relayé sur les réseaux sociaux, demande au directeur général de la Société d’infrastructures sino-congolaise (SISC) de résilier le contrat de sous-traitance avec Horizon Corporation pour « non-exécution des services dans les délais ».

Sur le plan financier, Horizon Corporation affirme avoir déjà engagé d’importantes ressources. La société SISC, partenaire en sous-traitance, aurait déjà décaissé près de 300.000 dollars pour les travaux préparatoires liés à la mise en chantier. De son côté, Horizon Corporation déclare avoir investi plus de 400.000 dollars depuis le lancement du projet, sur la base d’une garantie de 4 millions de dollars déposée auprès du bailleur SISC.

Face aux rumeurs d’une éventuelle résiliation du contrat, l’entreprise se montre ferme. Elle rappelle que son engagement contractuel relève directement de son bailleur SISC et non de la province du Kasaï.

Horizon Massamba regrette ainsi de voir des acteurs politiques s’inviter dans un dossier qu’elle considère comme un projet d’intérêt public majeur pour le désenclavement de Tshikapa et le développement économique du Kasaï.

Pendant que les accusations se multiplient, l’aéroport de Tshikapa reste dans un état critique, symbole d’un projet enlisé entre lenteurs administratives, rivalités politiques et intérêts divergents. Si aucune solution rapide n’est trouvée entre les différentes parties prenantes, ce dossier pourrait déboucher sur une bataille judiciaire coûteuse, avec à la clé des pénalités financières, des retards supplémentaires et un nouveau coup dur pour les ambitions infrastructurelles de la province.

Henri Ntambue

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