Une publication diffusée le 3 juin 2026 sur le compte officiel X de RFI montre un boulevard de Kinshasa presque désert dans le cadre de la journée « ville morte » décrétée par l’opposition congolaise. La publication est accompagnée du titre : « RDC : une journée “ville morte” à Kinshasa, un test pour l’opposition », ainsi que d’un lien vers un article du média.
La photographie montre une large artère de la capitale congolaise avec très peu de circulation, sans donner de détails sur celle-ci. Au moment de notre consultation, la publication totalisait plus de 374 mentions « J’aime », 105 repartages et 95 commentaires.
Cette image a été publiée dans le contexte de la journée « ville morte » du 3 juin 2026, une action appelée par plusieurs figures de l’opposition réunies au sein de la coalition C64 pour protester contre le projet de référendum constitutionnel et les débats autour d’une éventuelle révision de la Constitution. Parmi les personnalités impliquées figure notamment Martin Fayulu.
Vérification de l’image
Après vérification par l’équipe d’EyanoFact, nous avons constaté que cette photographie n’a pas été prise le 3 juin 2026.
À l’aide de l’outil Google Lens et de la recherche d’image inversée, nous avons retrouvé plusieurs publications anciennes utilisant exactement la même photographie.
Parmi les résultats figure un article de CNEWS publié le 20 décembre 2016 sous le titre « RDC : des tirs entendus à Kinshasa ». La légende précise que l’image montre Kinshasa transformée en « ville morte » lors de la crise politique liée à la fin du mandat de Joseph Kabila. La photographie est créditée au photographe Eduardo Soteras pour l’AFP.
Nous avons également retrouvé cette même image dans un article du journal suisse Le Temps publié le 19 décembre 2016 sous le titre « Le président Kabila joue les prolongations ». La photo y est présentée comme une illustration des rues de Kinshasa lors des tensions politiques de décembre 2016.
Une photo d’archive peut-elle être utilisée pour informer ?
Oui, l’utilisation d’une photographie d’archive n’est pas interdite dans le journalisme. Plusieurs chartes professionnelles recommandent cependant que les images anciennes soient clairement identifiées afin d’éviter toute confusion avec des événements récents.
Selon un article de La Revue des Médias sur la banalisation des images d’archives dans les journaux télévisés, les enjeux éthiques de ces pratiques sont importants. L’article souligne le risque de tromperie lorsque le téléspectateur n’est pas informé de la nature ancienne des images.
Ainsi, l’utilisation d’une photo datant de 2016 pour illustrer un article publié en 2026 n’est pas nécessairement fautive si son caractère d’archive est clairement indiqué. En revanche, lorsqu’aucune mention visible n’accompagne l’image sur les réseaux sociaux, les internautes peuvent légitimement croire qu’elle représente la situation observée le jour même.
Au regard de ces éléments, nos recherches montrent que la photographie utilisée par RFI pour illustrer la journée « ville morte » du 3 juin 2026 à Kinshasa n’est pas récente. Elle circulait déjà dans plusieurs médias internationaux près de dix ans auparavant, notamment lors de la crise politique de décembre 2016 liée au maintien au pouvoir de Joseph Kabila.
Cette photographie est donc sortie de son contexte temporel initial et ne constitue pas une preuve visuelle de la situation observée à Kinshasa le 3 juin 2026. Bien que l’usage d’une photo d’archive soit autorisé en journalisme, les bonnes pratiques professionnelles recommandent qu’elle soit clairement identifiée comme telle afin d’éviter toute confusion ou interprétation trompeuse auprès du public.
Rosette Kimbani