Le sommet régional Ukweli, consacré à la lutte contre la désinformation, s’est tenu du 30 au 31 mars 2026 à Kinshasa. Pendant deux jours, experts, journalistes, universitaires, humanitaires et acteurs institutionnels ont échangé autour des défis liés à la désinformation, en particulier en période de crise.
Plusieurs panels ont été organisés, abordant notamment la désinformation en temps de crise, la qualité des contenus médiatiques, la formation des journalistes ainsi que les conséquences majeures de la propagation des fausses informations.

Lors de son allocution d’ouverture, Madame Nadine Kampire, coordinatrice du sommet, a rappelé que la désinformation peut avoir des effets dévastateurs. Elle fragilise la cohésion sociale, alimente les tensions ethniques, décourage les investissements et menace les efforts de stabilisation dans des contextes déjà vulnérables.
Dans un environnement marqué par l’évolution rapide de l’intelligence artificielle, elle a appelé les participants à réfléchir aux moyens de transformer les pratiques rédactionnelles, d’adapter les cadres juridiques et de renforcer l’éducation numérique des citoyens.
« S’approprier les acquis de ce sommet pourrait marquer une nouvelle ère de l’information en RDC, fondée sur la vérité », a-t-elle souligné.
De son côté, Laurent Bigot, directeur de l’École publique de journalisme de Tours, a insisté sur l’importance de la formation des professionnels des médias pour lutter efficacement contre la désinformation.
« Dans la lutte contre la désinformation, il y a un aspect majeur à ne pas négliger : la formation des journalistes, mais aussi celle des communautés. À travers une meilleure éducation aux médias, les populations peuvent contribuer à cette lutte », a-t-il déclaré.

Cette dynamique a été appuyée par Nicaisse Kibel Bel, journaliste d’investigation, qui a pointé le faible recours au journalisme d’investigation en RDC, souvent freiné par la pression de publier rapidement.
« Le journalisme d’investigation permet d’éviter les fausses informations. Le reportage ne dit pas toujours tout, tandis que l’investigation prend le temps de répondre à plusieurs questions essentielles. Mais en RDC, les journalistes sont souvent pressés d’être les premiers à publier », a-t-il expliqué, appelant à un retour à des pratiques plus rigoureuses.
Les échanges ont également mis en lumière le rôle crucial des médias en période de crise ou de conflit. Une information fiable et diffusée à temps peut contribuer à sauver des vies en aidant les populations à identifier les dangers, à se protéger et à accéder aux services essentiels.
« Les médias jouent un rôle primordial dans la sélection et la diffusion des informations afin d’éviter la désinformation, qui peut conduire à la violence, mais aussi sauver des vies en temps de crise lorsque l’information est fiable », a ajouté le professeur José Baruani, enseignant en droit à l’UPC.
Dans cette perspective, l’Union nationale de la presse congolaise (UNPC) a rappelé les exigences nécessaires pour exercer le métier de journaliste de manière professionnelle, notamment à travers une formation adéquate et des stages pratiques, afin de limiter la diffusion de contenus non vérifiés.
« Pour un diplômé en journalisme, une année de stage professionnel est nécessaire, contre trois ans pour les ressortissants d’autres filières », a précisé le représentant de l’UNPC lors du sommet.
Par ailleurs, la loi dite « Muyaya », visant à assainir le paysage médiatique, met l’accent sur la qualité des journalistes et des contenus produits. Elle encourage les médias à renforcer les processus de collecte, de vérification et de traitement de l’information.
Rappelons que la République démocratique du Congo a déjà été confrontée à plusieurs vagues de désinformation, notamment lors de l’intensification de la crise sécuritaire dans l’Est du pays. Ce contexte souligne l’urgence de renforcer les mécanismes de lutte contre ce phénomène, afin de garantir une information fiable au service des populations.
Christine Folo Singa