Dans la province du Kasaï, le Projet d’Apprentissage et d’Autonomisation des Filles (PAAF), lancé comme projet pilote depuis le début de l’année scolaire 2024-2025, peine à atteindre ses objectifs. Initié par le gouvernement central pour prendre en charge les frais scolaires des élèves filles du secondaire dans les écoles publiques de quatre sous-divisions de la province éducationnelle Kasaï 1, ce programme fait aujourd’hui vivre un véritable cauchemar aux parents, aux élèves et aux enseignants.

Présenté comme une réponse à l’abandon scolaire des filles, le PAAF rencontre de sérieuses difficultés dans sa mise en œuvre. Selon plusieurs sources concordantes, le premier décaissement aurait été partagé entre certains chefs d’établissement et leurs gestionnaires, suscitant des soupçons de mauvaise gestion. Des effectifs auraient également été gonflés par certains responsables scolaires, gestionnaires et agents du projet afin de bénéficier de fonds supplémentaires.

À ce jour, un flou persiste entre les chefs d’établissement et l’ONG chargée d’identifier les élèves filles dans les écoles secondaires publiques des huit sous-divisions concernées, l’Action Communautaire pour le Développement Humanitaire Intégral (ACDHI). Les listes déclaratives des élèves bénéficiaires demeurent inconnues pour plusieurs responsables scolaires. Certaines écoles affirment ne toujours pas connaître le nombre exact d’élèves filles qui seront prises en charge pour les examens d’État.

Cette situation crée une vive inquiétude dans les établissements concernés. Plusieurs chefs d’établissement menacent désormais de renvoyer les élèves dont les frais scolaires ne sont pas couverts, plongeant les parents dans l’incertitude et mettant en péril la scolarité de nombreuses jeunes filles.

Contacté par notre rédaction, le président provincial de l’Association Nationale des Parents d’Élèves au Congo (ANAPECO), Tshikapa Balekelayi, appelle à l’apaisement tout en gardant espoir. Il affirme que des démarches ont été entreprises pour permettre à toutes les filles d’être identifiées afin de présenter les épreuves certificatives.

« Le projet PAAF est un projet du gouvernement central. Nous espérons que le gouvernement tiendra ses promesses en identifiant toutes les élèves filles de 4ᵉ des humanités et de 8ᵉ année de l’éducation de base afin de leur permettre de présenter les examens. Dès ce lundi, je ferai un suivi rigoureux pour m’assurer que l’ONG chargée de l’identification est à pied d’œuvre, car les examens s’annoncent imminents », a-t-il déclaré.

Et d’ajouter :

« Les parents doivent être patients. Selon les assurances obtenues du PAAF, toute élève fille inscrite à l’école sera identifiée et ses frais scolaires seront couverts. »

Un parent d’élève, ayant requis l’anonymat, dénonce quant à lui les risques auxquels sont exposées les filles depuis le lancement du projet :

« Nos filles sont exposées à plusieurs risques. Elles sont obligées de cotiser pour payer le transport des enseignants afin d’être encadrées, car ces derniers ne sont pas pris en charge par le PAAF comme prévu. L’État congolais doit veiller à l’aboutissement de ce projet pour éviter des conséquences néfastes », a-t-il alerté.

Par ailleurs, dans un message partagé dans des groupes WhatsApp du Kasaï, la cellule de communication de l’ONG ACDHI, chargée de l’identification des filles, annonce que les agents identificateurs seront sur le terrain dès ce lundi pour un ratissage. Elle rassure que toutes les élèves seront prises en charge comme convenu.

Alors que le PAAF devait contribuer à l’autonomisation des filles et à la réduction des inégalités dans l’éducation, sa mise en œuvre chaotique dans la province du Kasaï soulève des interrogations sur la transparence dans la gestion du projet et sur l’avenir des bénéficiaires.

À quelques jours des examens d’État hors session, plusieurs élèves filles ne sont toujours pas identifiées. La bourse prévue n’aurait été versée qu’en partie. Malgré l’autorisation du Secrétariat général de l’Éducation nationale permettant aux filles de présenter les examens, le projet continue de tâtonner. Le contrat avec le premier partenaire, l’ONG IDI, a été résilié. Avec le second partenaire, l’ACDHI, aucune avancée significative n’est observée à ce jour.

Parents, enseignants et acteurs de la société civile appellent désormais les autorités éducatives et les partenaires à clarifier la situation afin d’éviter que ce projet, pourtant porteur d’espoir, ne se transforme en échec au détriment de l’éducation des filles dans la province du Kasaï.

Aux dernières nouvelles, les chefs d’établissement réunis ce samedi au sein de l’intersyndicale des enseignants ont dénoncé la détérioration du système éducatif et menacent de renvoyer les élèves filles si aucune solution n’est trouvée.

Henri Ntambue

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