En République démocratique du Congo, environ 68 millions de personnes n’ont pas accès à Internet et près de 30 millions ne disposent pas encore d’un téléphone portable. Ces chiffres illustrent l’ampleur de la fracture numérique dans le pays.

Ces statistiques ont été révélées le mercredi 22 avril lors de la 6 ème édition du forum
sur la gouvernance de l’Internet en RDC tenue à Kinshasa sous le thème : « La RDC face aux enjeux cruciaux de l’évolution technologique dans le monde : sommes-nous en phase ? ». L’événement a été chapeauté par Rudi International.

Au cours des différents panels, plusieurs problématiques ont été abordées, notamment les défis liés à la connectivité, les opportunités du numérique, la qualité des services, les interruptions de réseau et leurs impacts, ainsi que les responsabilités des différentes parties prenantes. À cela s’ajoutent des obstacles structurels majeurs tels que le déficit d’infrastructures numériques et le faible pouvoir d’achat des consommateurs, qui limitent fortement l’accès aux services digitaux.

Pour le coordonnateur du forum, l’accès à Internet constitue aujourd’hui un besoin essentiel, pouvant être considéré comme un droit humain fondamental, qui doit figurer parmi les priorités du gouvernement congolais.
« L’accès à Internet facilite la réalisation de nombreux autres droits. Il permet d’étudier, de faire du commerce, d’accéder aux soins de santé à distance, ainsi que d’exercer d’autres droits économiques et sociaux », a déclaré Arsène Tungali.

Par ailleurs, la question du financement des infrastructures a également été soulevée. Le député national et vice-président de la sous-commission PTNTIC a évoqué les efforts engagés pour améliorer la connectivité à l’échelle nationale, notamment en faveur des zones rurales. Depuis 2025, des fonds ont été mobilisés au niveau du Parlement pour soutenir les opérateurs qui ne disposent pas de moyens suffisants pour offrir une connectivité de qualité, y compris dans les zones rurales.
« Ces fonds visent à appuyer les opérateurs qui ne disposent pas de moyens financiers suffisants, afin d’assurer une couverture initiale de connectivité dans les zones rurales et permettre aux populations de bénéficier des avancées numériques », a expliqué l’honorable Safari Ayonagira.

Dans le même cadre, le ministre de l’Économie numérique, Augustin Kibassa Maliba, a signé, le 11 mars 2026, un arrêté ministériel fixant les conditions et modalités d’examen des demandes ainsi que de délivrance des autorisations pour les activités et services numériques en République démocratique du Congo.
Ce texte s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre du Code du numérique de la RDC et vise à renforcer la régulation du secteur, tout en garantissant un environnement juridique clair pour les opérateurs.

Au-delà des enjeux d’accès, la RDC connaît une croissance notable de l’usage d’Internet et des réseaux sociaux. Toutefois, cette évolution s’accompagne de dérives, notamment en matière de désinformation et de contenus nuisibles. Lors du forum, plusieurs intervenants : fact-checkers, journalistes, juristes et activistes ont appelé à une utilisation responsable du numérique ainsi qu’à une action collective de toutes les parties prenantes pour assainir l’espace en ligne.

Une attention particulière a été portée à la question des violences numériques, en particulier celles visant les femmes, souvent victimes de désinformation genrée.
« Il est important d’en parler, car si nous voulons une société égalitaire, hommes et femmes doivent être respectés, y compris dans l’espace numérique », a souligné un activiste.

Il convient de rappeler que le Forum sur la gouvernance de l’Internet est une initiative des Nations Unies lancée il y a une vingtaine d’années. Il vise à offrir un cadre d’échange inclusif permettant aux différentes parties prenantes de réfléchir ensemble aux défis actuels et futurs liés à l’Internet. Par ailleurs, une École de la gouvernance de l’Internet y est associée, afin de former les acteurs du changement. À l’issue de cette édition, les lauréats de la 4ᵉ promotion ont reçu leurs certificats.

Christine Folo Singa

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